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Khan el Khalili – l’histoire préservée dans le labyrinthe de ses rues et de ses mahalas

Si vous souhaitez vous immerger dans la vie du Caire islamique de l'époque ottomane, vous devez emprunter cette route. La rue Khan el Khalili, au Caire, conserve encore aujourd'hui, plus de six siècles après sa création, l'esprit d'antan. Elle se situe sur l'emplacement de l'ancien palais oriental du calife fatimide, El Muizz Bilah, là où se trouvaient autrefois les tombeaux de ce dernier. Ces derniers furent détruits par le prince Jahariks el Khalili, qui fit construire à leur place, en 1382, un khan portant encore son nom. Située entre la rue El Muizz et la mosquée El Hussein, à proximité de l'université El Azhar et de la mosquée, elle mêle harmonieusement monuments islamiques et vie quotidienne des Cairnois.

Khan el Khalili
Tout commence ici, au pied de la mosquée El Hussein

Alors que nous traversons le plateau devant la mosquée El Hussein pour nous engager dans la rue Khah el Khalili, des femmes et des enfants vendeurs nous abordent de toutes parts. Tandis qu'un homme se tourne vers l'une d'elles, une autre a déjà paré ses enfants de colliers ornés de pendentifs protecteurs, d'une assiette portant un verset du Coran, l'œil d'Horus et une main de Hamsa contre le mauvais œil. Ils proposent des chapelets, des papiers décoratifs pour les étagères, des jouets, et portent tout cela dans leurs bras, accompagnant le passant jusqu'à ce qu'il se décide à acheter quelque chose.

C'était une grande fête musulmane, l'anniversaire du prophète Mahomet, et un grand nombre de personnes étaient assises près de la mosquée ou sur le mur qui l'entourait, pour y entrer pendant la prière de midi.

Arrivés rue Khan el Khalili, nous avons découvert les coutumes qui embellissent chaque année cette fête, là, sur l'esplanade devant la mosquée : des concerts, des chants, des prières pour le prophète Mahomet et la vente de diverses friandises qui égayent la journée pour les enfants comme pour les adultes.

Des bonbons, des poupées « el aruse » et des chevaux en sucre sont des incontournables des fêtes.

Nous pénétrons dans un labyrinthe de rues sans fin, qu'il faudrait plus d'une matinée pour appréhender pleinement. Dans la longue rue que nous parcourons, une multitude d'immeubles sont reliés par d'étroits passages, abritant une succession de boutiques.

Diseurs, calligraphes, potiers, orfèvres, tisserands, antiquaires, vendeurs de coton, de laiton, de céramique, de cuir, d'épices, de thés, de chapelets, de narguilés, de fatiras, ainsi que des propriétaires de cafés, y avaient trouvé leur place. Des maisons de thé, parfois de quelques mètres carrés seulement, avec des chaises ou des fauteuils en bois artisanaux et des bâches colorées, bordent les passages étroits devant le bar ; on s'y rencontre, on y fait des affaires, on s'y détend et on y raconte les nouvelles du quotidien.

Les pavés sur lesquels nous marchons sont humidifiés par les commerçants. C'est une tradition ancestrale, transmise de génération en génération, qui peut paraître absurde à beaucoup, mais qui a une signification pour les vendeurs. Certains pensent que cette eau fraîche répandue dans la rue purifie l'air devant les boutiques, réduit la poussière, porte bonheur aux ventes et promet une journée fructueuse. Que ce soit pour des raisons d'hygiène ou religieuses, les pavés devant les magasins sont si propres qu'on y marche avec plaisir. Les garçons, comme mon fils, s'amusent dans les petites flaques et y plongent de toutes leurs forces enfantines.

Je m'arrête devant de nombreuses boutiques pour prendre des photos. Les vendeurs présentent fièrement leurs marchandises et m'accueillent chaleureusement. D'un côté, des robes de femmes sont suspendues ; de l'autre, du linge de maison, des lampes, des souvenirs. Je m'arrête devant une maroquinerie et choisis avec enthousiasme des pantoufles ornées d'un poing de Hamsa, protecteur des musulmans. Le vendeur nous offre du thé, mais nous déclinons avec gratitude et poursuivons notre chemin. Nous approchons d'un atelier de fabrication d'objets en cuivre. Avec une grande patience, le propriétaire façonne une théière, y apposant une série de coups de marteau décoratifs qui créent des motifs originaux destinés à séduire les futurs clients.

Depuis l'Égypte antique, le travail du bois est une activité très prisée. On fabriquait des meubles, des objets de décoration et des coffrets à bijoux. Ces derniers, ornés de nacre, sont devenus un symbole de valeur et de qualité dans le monde égyptien. Les boutiques qui proposent de tels objets attirent immanquablement le regard des passants. L'intérieur du coffret, en bois, est recouvert de velours rouge, puis décoré de fossiles de coquillages en nacre aux nuances variées. L'acquisition d'un tel objet est un véritable trésor : avec le temps, les couleurs de la nacre évoluent sans jamais disparaître. Le coffret peut ainsi se transmettre de génération en génération, de mère en fille, et s'inscrire dans une belle tradition familiale. Dans le même style, on trouve également des tables, des assiettes décoratives et des plateaux.

Presque à chaque coin de rue, on vend des burqas crochetées, appelées Jasmak, selon une tradition ancestrale dont j'ai pu observer l'usage lors d'une vente pendant le Ramadan. Cette burqa courte et ajourée couvrait le bas du visage. La jeune fille pouvait respirer aisément dessous, et elle laissait discrètement entrevoir sa beauté. Les plus aisées portaient un bijou en or au-dessus du nez et de la bouche pour afficher leur richesse. Les plus pauvres ornaient souvent leurs burqas, mais avec des matériaux bien moins nobles. Aujourd'hui, on ne peut plus s'en procurer que dans des endroits comme celui-ci.

Cependant, mon attention est surtout attirée par les vieilles maisons et leur style architectural remarquable, imprégné de culture orientale. Certaines sont si anciennes que des structures métalliques soutiennent des parties de la façade et des piliers. Mes pensées me transportent à l'époque de l'Empire ottoman, dont la grandeur transparaît à travers ces édifices. Sur ces pavés, où je marche à présent, ont jadis foulé le sol les dirigeants du Caire et leurs épouses, les cheikhs musulmans et la population locale.

Les hommes portaient des foulards noués autour de la tête et tenaient à la main de solides bâtons qui leur seraient utiles en cas de besoin. Les femmes, comme aujourd'hui, portaient des abayas noires et des voiles de coton sur la tête.

Cette rue et ces boutiques, transmises de génération en génération depuis des siècles, étaient alors un lieu de commerce, mais aussi de rencontres, et le seul repère de la population. Ma curiosité est en partie satisfaite, et j'espère que ces photos éveilleront la vôtre, et que nous pourrons un jour nous installer ici, dans les rues Han et Hanun.

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